100 CHEVAUX SUR L'HERBE : Bien plus qu'un Refuge soignant 120 équidés 




JULIETTE
2 heures moins quart avant de mourir

ANNIVERSAIRE  :   28/02/1983
ARRIVE(E) AU REFUGE  LE :  26/11/2002
JUMENT DE TRAIT ARDENNAIS. 
 
DECEDE(E) LE 10/06/2004


En hiver 2002, à  la veille de la Foire de Maurs (un marché où sont rassemblés dans le sud de la France près de 2000 équidés destinés essentiellement aux grossistes en viande d’Italie)
Irène Rannou , désemparée, me  contacta..
Comme à chaque fois, cette grande amie des chevaux comptait se rendre sur place espérant enlever quelques infortunés condamnés, parmi les plus déshérités ceux qui dans la plus grande indifférence nécessitent un secours providentiel (bien que chacun mérite de finir leur vie dignement).

Grâce à la sensibilité et large compréhension de Pierre Guignot, Président de l’oeuvre de Pech Petit  ce dernier fit savoir à Irène que l’oeuvre était disposée bien volontiers  à accueillir  dans un de ses centres un cheval et un âne de la foire de Maurs.
Hélas les caisses de l’association “SOS CHEVAUX EN PÉRIL” d’Irène étaient au plus mal financièrement ce qui l’empêchaient de pouvoir concrétiser ces secours.
Irène me demanda si nous ne pouvions pas participer à l’achat et au sauvetage de quelques équidés promis immanquablement à la boucherie.
Comme depuis de nombreux mois, j’étais quasiment seul pour soigner les chevaux de notre domaine : durant ce trimestre  il m’avait été impossible de me rendre au Marché aux chevaux aux abattoirs d’Anderlecht pour enlever un ou plusieurs équidés.
La proposition d’Irène venait donc parfaitement au moment le plus opportun et c’est sans hésiter que j’ai répondu “OUI !”à notre amie de France.
Que ce soit en France, en Belgique, à Ouagadougou, les malchanceux chevaux condamnés à périr sous les coups des bouchers méritent tous sans exception d’être secourus :  mon oeuvre a été fondée précisément dans ce but.
Le lendemain matin à 7h , Irène déjà présente depuis de nombreuses heures sur ce marché me téléphona...
Elle me signala que grâce à mon  aide, elle avait réussi à acheter une veille jument de trait fort maigre ainsi qu’un très vieux trotteur (1m70 au garrot).

La tête basse, les pieds lourds, la jument de trait laissait une impression aiguë de “Porteuse éternelle de malheurs” ayant fondues sur toute sa pénible existence.
D’ailleurs le simple fait de se retrouver là, parmi d’autres condamnées  constitue une tangible confirmation .
Indiscutablement, cette jument était encore une de ces poulinières contraintes de mettre chaque année au monde un petit qu’on faisait passer 6 mois après aux couteaux de boucherie....
Ce jour-là , en fin de carrière, c’est le tour de cette vieille maman usée, de cette machine à bébés !
L’idée que cette pauvre jument , après tant de déconvenues allait connaître la violence du  pistolet de l’abatteur ainsi que, avant  de mourir toutes les brutalités dans les couloirs de ces usines de la mort était insupportable pour Irène ce qui décida de l’acquérir...et de nous la confier.   

Une bouffée de honte étourdit Irène en voyant «Juliette» cette jument de trait ardennais très âgée sur cette Foire de la honte.  Juliette était une jument poulinière qu’on exploitait injurieusement en la forçant chaque année à mettre un petit au monde.  Ce dernier lui était immédiatement retiré afin que Juliette puisse prendre en charge et allaiter un autre poulain provenant de chevaux de valeur. 
Ainsi Juliette, durant toute sa longue existence devait surmonter l’épreuve de la séparation de ses bébés issus de sa chair, laissant bien malgré elle l’impression de les laisser derrière elle, de les abandonner.  Mais que pouvait faire cette gentille jument face à la force et la froideur moqueuse des hommes ?  Usée, ne reproduisant plus, Juliette ne servait plus à rien qu’à procurer encore quelques derniers billets à son propriétaire, en la remettant au boucher.  Une telle disgrâce après avoir tant donné !  

Heureusement cette descente aux enfers prit définitivement fin grâce à Irène et «100 CHEVAUX SUR L’HERBE» où cette adorable jument a vécu, depuis lors, toute l’ivresse du bonheur dans l’âme.  Après avoir respiré l’atmosphère insalubre des mensonges, des trahisons des calculs méprisables des hommes : Juliette a fini sa vie ici à Couvin entourée d’amour et de bons soins  même si hélas elle ne sera demeurée qu’un an et demi au refuge .  
Au moins des humains lui  auront ouvert vraiment leur coeur...