BLACKY 2
La vie dépasse parfois nos souhaits...
ANNIVERSAIRE : 1/02/1985
ARRIVE AU REFUGE LE : 29/01/2005
FRISON HONGRE
DECEDE(E) LE 13/11/2010
Un jour, Monsieur Eddy Delissen téléphona à notre home pour nous interroger sur la présence effective chez nous de «Raia» une jument frison que nous aurions acquise auprès d’un fournisseur de chevaux de boucherie ...
Les chevaux que nous sauvons sur les marchés n’ont plus de nom car ils sont destinés hélas à devenir de la viande. Les marchands et les bouchers n’encombrent pas leurs esprits du nom de leurs victimes: ils s’en désintéressent complètement.
Pour eux, il s’agit de viande sur pieds et non d’un être sensible qui a une histoire.
Ici par contre, chaque cheval, chaque animal est une vie qu’on respecte et qu’on considère.
S’occupant professionnellement d’attelage pour des cérémonies, Monsieur Delissen très attaché à ses chevaux considère que ses animaux après avoir travaillés pour lui méritent lors de leur réforme le meilleur et non pas qu’on les destine, comme la plupart, avec mépris pour la boucherie pour en retirer encore un dernier franc.
Il possède d’ailleurs 18 chevaux dont presque la moitié sont à la retraite (parmi eux : il a d’ailleurs un cheval aveugle).
Il nous signala qu’il avait confié Raia à un homme qui ne respecta malheureusement pas ses engagements et qui, à l’insu de Mr Delissen, céda hélas la jument à un marchand bien connu pour envoyer des équidés à l’abattoir.
En nous précisant certains détails, nous parvenons à identifier «Majestée», notre très âgée jument frison achetée il y a presque trois ans maintenant à ce maquignon.
Monsieur Delissen insista afin qu’ il puisse se rendre compte sur place si notre cheval était bien Raia.
Nous avons bien sûr obtempéré.. Habitant près d’Anvers
( plus de 150 km nous sépare), il fit tout ce trajet dans l’espoir ardent de voir la concrétisation tangible du bonheur idyllique réservé à Raia.
Ce fut un moment fort touchant... Majestée (Raia) était en prairie avec un grand nombre d’autres chevaux... et sans la moindre hésitation Monsieur Delissen la reconnut , elle qui était avec d’autres frisons qui lui ressemble.
Il cria très fort «Rana» et celle-ci tourna la tête à la vitesse éclair et le rejoignit.. Transporté par le bonheur suprême des retrouvailles, ne se tracassant pas de la boue dans la prairie (alors qu’il était bien habillé) Monsieur Delissen courut vers elle et les deux amis se retrouvèrent .... C’était merveilleux de tendresse ! Nous pouvons vous assurer que nous avions presque tous une larme au coin de l’oeil.
Ainsi donc Majestée qui s’appelait Raia avait tiré des voitures d’attelage pendant plus de 15 ans pour Monsieur Delissen. Ce dernier estima qu’il n’était plus digne et correcte de faire travailler la jument à l’âge de vingt ans. Il lui trouva un «acquéreur» qu’il obligea à s’engager fermement à bien la soigner et surtout si cela n’allait pas à lui rendre le cheval.
Un jour, s’enquérant du bien-être de Majestée , Monsieur Delissen contacta l’individu... et ce fut la douche froide : Majestée n’était plus là ! Monsieur Delissen qui n’est pas homme à laisser tomber les choses ainsi porta tous azimuts une très longue investigation.... Il parvint à savoir que Majestée avait échoué chez le marchand de chevaux de boucherie proche de chez lui. Quel malheur ! Heureusement ce dernier le rassura en lui signalant que la jument avait été achetée par un grand ami des animaux Marc Beelen :-). Monsieur Delissen ne s’arrêta pas à croire les propos trop sucrés et trop idylliques du maquignon et avec obstination poursuivit ses recherches et nous retrouva.
Le coeur gonflé de bonheur, de chaude reconnaissance et aussi de soulagement, voyant comme Majestée était soignée avec beaucoup de dévouement chez nous , Monsieur Delissen tiraillé par les remords avait une requête à nous faire tout en mesurant le caractère quelque peu abusif qu’elle pourrait peut-être avoir.
En observant Majestée, tous nos autres chevaux , nos installations et notre dévouement exceptionnel qu’il n’a jamais vu nous dit-il , il se permettait de nous demander une faveur.
Majestée travaillait autrefois avec un cheval avec qui elle était attelée : il s’agissait de son compagnon Blacky un magnifique frison , très fort . Ce grand hongre à la retraite avait été placé il y a quelques années. Aujourd’hui l’adoptant n’avait plus hélas la possibilité de le garder.
Avec le nombre de chevaux réformés que Monsieur Delissen rassemble dans son écurie, (18) il a hélas dépassé l’autorisation octroyée par l’administration de détenir 16 chevaux . Il nous demanda si nous ne pouvions pas accueillir ce cheval.
Bien que Blacky n’allait jamais finir dans les couloirs des abattoirs.. devant le déploiement de tant de gestes d’amour de Mr Delissen pour ses chevaux : j’ai estimé qu’il était important de soutenir et d’exprimer une certaine reconnaissance pour un professionnel de chevaux qui contrairement à tant d’autres, éprouve une considération véritable pour ses animaux.
Aussi je ne pouvais pas faire mieux qu’en acceptant de prendre le cheval frison ici au domaine.
Monsieur Delissen était empli de joie et de gratitude. Ses yeux exprimaient ses sentiments....
Samedi 29 janvier 2005 dans l’ après-midi le grand hongre frison de Monsieur Delissen arriva au refuge et retrouva son ancienne compagne Majestée.
Si quelques années les ont séparés, Majestée et Blacky étaient à nouveau côté à côté, l’un près de l’autre dans la chaleur de leur amour ici dans ce merveilleux domaine où nous sommes si attentifs à leur bien-être.
Hélas nous qui étions si ravis d’avoir été les artisans d’ une si splendide retrouvaille : ce bonheur suprême fut de très très courte durée...
La vie a toujours ses précipices...
A peine une semaine après l’arrivée de Blacky , ce fut un choc brutal et terriblement douloureux pour nous de retrouver Majestée allongée gisant morte dans l’écurie ..
Notre Majestée, tant adorée, s’était éteinte ... Blacky se tenait près d’elle dirigeant sur nous un regard bouleversé, lourd de tristesse...
Notre Majestée , si douce, si gentille qui comptait tant pour chacun de nous, s’en était allée rejoindre les étoiles... Son vieux coeur de trente ans s’était arrêté de battre.
C’était un peu comme si cette adorable jument avait attendu de revoir avec force et espoir une dernière fois Blacky avant de prendre son grand envol pour le dernier voyage...
Au refuge le ciel nous parut bien sombre ce jour-là comme endeuillé par la perte d’une si grande amie tant aimée...
Au sentiment de joie extrême du samedi passé succédait celui de la tristesse mélangée à une révolte intérieure . Il nous parut si injuste que nos deux chevaux ne puissent pas plus longtemps vivre ici leur amour...
Mais ainsi va la vie avec ses hauts et ses bas... il nous faut l’accepter.
