CHANELLE
Seule contre l’indifférence
ANNIVERSAIRE : 7/03/1982
ARRIVE AU REFUGE LE : 27/06/2008
FRISON JUMENT
DECEDE(E) LE 23/8/2008
Sa vie ne tenait qu’à un fil . Elle avait été déclarée hors course ! Non productive, elle n’intéressait plus personne. et ceux qui l’avaient exploité souhaitaient la voir déguerpir au plus vite.
Selon l’usage dans cette exploitation : pas de bouches inutiles à nourrir.
Aussi longtemps que cette jument frison mettait au monde et allaitait son poulain chaque année Chanelle avait sa place . Aujourd’hui tout s’écroule pour elle car épuisée , ses entrailles refusent obstinément de donner encore vie.. Les propriétaires de Chanelle ne se nourrissent pas d’ombre mais d’argent.... Comme tous les autres chevaux qui sont passés par là ce couple calculateur regardera Chanelle partir pour le chemin de l’abattoir sans lui trouver la moindre grâce. Comme à chaque fois leurs yeux demeureront secs et durs. Sur combien de pauvres équidés ont-ils ainsi pesé leur égoïsme, exploité, usé jusqu’à la corde ? Autoritaires, butés et secs, sur combien ont-il ainsi infléchi si durement le destin, abîmé la vie et surtout avec une désinvolture insolente combien ont-ils envoyé à l’échafaud ? La ferme de ce couple persécuteur est une maison pleine de morts et de fantômes. A chaque fois ils avaient tué les chevaux qu’ils avaient chassé en les confiant aux fournisseurs de chevaux de boucherie.
Chanelle était condamnée à disparaître et se retrouva chez un homme qui conduit chaque semaine son chargement de pauvres âmes équines à Bruxelles aux abattoirs.
Sans défense, oubliée par tous, cette jument ressentait jusqu’au plus profond d’elle-même le mépris indicible et la cruauté meurtrière des hommes. Elle savait que sa vie était irrémédiablement perdue....
Voilà pourquoi , lorsque nous l’avons aperçue , cette jument se montra , fort agitée et particulièrement agressive ...
Voulant sauver l’honneur, elle se battait encore dans ses derniers moments.
Il s’agissait de montrer qu’elle pouvait tenir jusqu’au bout et
qu’ après une longue vie de privations, de renonciations et d’esclavage , elle pouvait enfin se rebeller et faire savoir son écoeurement. Elle affirma son énergie en tapant fort de l’antérieur gauche manquant de peu de nous blesser.
Cette attitude sublime força notre admiration et nous décida de la délivrer à jamais. Désormais, les portes de l’enfer se sont définitivement fermées pour Chanelle qui a connu depuis lors la saveur et la douceur de notre refuge.
Ici ce n’est pas le nivellement par la force, l’exploitation qui domine mais par la considération que chaque être mérite de vivre heureux , loin de la souffrance.
Hélas si les beaux jours étaient enfin arrivés pour Chanelle grâce à 100 CHEVAUX SUR L’ HERBE des nuages si lourds, si menaçants sont venus trop vite tout assombrir...
Une cruelle colique terrassa Chanelle et nous l’enleva prématurément...
